André Amellér, un compositeur français du XXème siècle                                      Langue : 
L'homme et le conservatoire de Dijon  
 

 

L'homme et le Conservatoire de Dijon  

A l'aube du 2 janvier 1912, en Lorraine, dans le petit village d'Arnaville naît André Amellér. Son enfance, en famille, voit la naissance d'un frère et de deux soeurs.
Adolescent, ses études au Collège de Meaux, sans conviction intellectuelle, sont vite interrompues. Heureusement, le milieu familial de musique amateur l'engage, tout jeune, à étudier le violon et surtout la contrebasse. Ce qui lui permet d'entrer au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, dans la classe d'Edouard Nanny.
Pour subvenir à ses besoins financiers il s'est engagé au 24ème Régiment d'Infanterie (régiment de Musique à Paris). En 1934, il obtient un Premier Prix de contrebasse, premier nommé. En 1936, il entre à l'orchestre du Théâtre National de l'Opéra de Paris. En 1939, il est mobilisé, puis prisonnier à l'Oflag XII. En 1942, il rentre à Paris, et reprend ses études d'écriture au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris. Il obtient en 1947 un Premier Prix de composition, classes de Roger Ducasse et Tony Aubin.

La tête pleine de projets créateurs, son catalogue ouvre ses premiers numéros d'opus. Ses ambitions musicales dépassent l'horizon de l'Orchestre de l'Opéra. Il se doit d'oeuvrer et de servir la Musique.

Devant ses pairs, Amable Massis, Marcel Dupré, Louis Aubert, Marcel Dautremer et les représentants de la Ville de Dijon, il passe un brillant concours qui le fait nommer Directeur de l'Ecole Nationale de Musique de Dijon. Il prend ses fonctions le 1er avril 1953.

C'est alors une petite école : 177 élèves inscrits, 10 professeurs titulaires et 3 professeurs auxiliaires. Mal logée rue du Transvaal, elle partage son site avec les Pompiers de la ville.

Dès la rentrée de septembre, André Amellér s'attèle à la tâche. Trois nouvelles classes voient le jour : alto, contrebasse et saxophone. Cinq nouveaux professeurs sont nommés par concours : violon, violoncelle, clarinette, basson et cor. Le 23 septembre 1953, un professeur d'art dramatique est nommé par concours. Le 24 février 1954, un professeur de flûte est nommé par concours, le 25 février 1954 toujours par concours, est nommé un professeur de trompette et cornet. De même, le 14 octobre, un professeur de contrebasse, le 19 avril 1955, un professeur de danse classique.

Les partitions musicales et particulièrement les oeuvres du legs Kerveguen sont empilées dans un désordre complet. Le 5 octobre 1955 André Amellér propose un bibliothécaire à temps complet, ce qui fut accepté. Par la suite lors de l'installation de l'Ecole rue de l'Ecole de Droit, une bibliothèque métallique avec possibilité de classement fut installée, un répertoire de 70000 ouvrages fut mis à la disposition des professeurs et élèves.

En octobre 1957, il y avait déjà 650 élèves inscrits. Le 16 janvier 1959, 22 classes de solfège sont réorganisées et les classes de piano passent à 3. Le 16 septembre 1965, un professeur de trombone, tuba et saxhorn est nommé sur concours. Une classe de percussion est créée en janvier 1971, de même qu'une classe de harpe en septembre de la même année. Des classes d'horaires aménagés sont également créées. Les excellentes relations avec l'Université aboutissent à la création du DEUG Musique en septembre 1975. Par habilitation officielle, le 1er janvier 1977, l'Ecole de Musique devient Conservatoire National de Région.

Parallèlement un enseignement de musicologie est créé le 1er janvier 1978 à l'Université. L'heure de la retraite sonne pour André Amellér le 1er avril 1981.

Le bilan de cet enseignement au Conservatoire fut : 59 élèves reçus au Conservatoire Supérieur de Musique de Paris avec 46 Premiers Prix à la date de 1979.

Il faut ajouter à la question enseignement, des créations sur le plan culturel de la Ville de Dijon. La Société des Concerts renaît avec l'arrivée d'André Amellér. Les premiers concerts ont lieu les 14 et 15 décembre 1953 sous sa direction avec René Bianco de l'Opéra de Paris.
A la cadence de 6 à 8 concerts par saison, pendant 28 années, ce sont 275 concerts qui ont été donnés avec les plus grands solistes.
André Amellér a créé 135 oeuvres symphoniques de compositeurs français contemporains et 65 de compositeurs contemporains étrangers.
Le dernier concert a eu lieu le 1er avril 1981 avec le départ en retraite du Maître Amellér.
La Société des Concerts a été immédiatement dissoute après son départ.

Les Vendredis du Conservatoire consistaient en conférences autour d'un thème alliant la poésie, la musique, la danse, la photographie... Des personnalités des Arts ont animé ces 145 vendredis organisés en fin d'après-midi.

La Semaine d'Art Musical, poétique et dramatique a été créée par André Amellér en 1959 (J.O. du 4 avril). Elle avait lieu chaque année en mai-juin ; ses manifestations faisaient jouer dans des sites de la Ville de Dijon (au début en plein air) les artistes locaux ou ayant fait leurs études au Conservatoire de Dijon. La dernière Semaine d'Art eu lieu en 1974.

Le Festival de Chant Choral, pendant 9 années, avec l'accord de l'Inspecteur d'Académie, rassembla les élèves des écoles primaires et secondaires, 4500 jeunes chantant au Palais des Congrès sous la direction d'André Amellér.

André Amellér a quitté son poste de directeur du Conservatoire le 1er avril 1981 et que pensait que le rideau était tombé. Mais le 31 janvier 1987, un article paru dans "Les Dépêches" sous la signature de Michel Huvet rappelait : "L'ère Amellér".

"On le croyait parti, ce n'était pas vrai. Celui qui fut directeur du Conservatoire de Dijon pendant 27 ans l'avait quitté par la petite porte un jour gris de 1981. Il revient aujourd'hui à Chenôve, par la grande porte, l'arche de la renommée pour ses 75 ans. Retour aux sources, dans une de ces écoles de Musique qu'il s'est inlassablement voué à susciter dans les départements de Bourgogne, France-Comté, au long des ses années directoriales. Saint-Claude, c'est lui, Dole, c'est lui. Chalon c'est avec lui et Chenôve, c'est tout lui, sans oublier Dijon." Et de rappeler "la carrière si riche et les activités innombrables d'André Amellér : de la petite école de Musique, il fit un Conservatoire régional de 1500 élèves, favorisa l'enseignement musical dans les écoles primaires, contribua à la création d'une chaîre de musicologie à l'Université, développa un orchestre symphonique, présida les harmonies et fanfares, développa la recherche musicothérapeutique, dirigea dans le monde entier, conseilla et protégea des centaines de jeunes artistes, enfin compositeur "on peut à bon droit avoir le tournis avec tant de numéros d'opus !"."

Cinq ans après sa mort survenue le 14 mai 1990, l'Association pour la Musique d'André Amellér a été créée pour faire connaître, étudier, interpréter, maintenir en vie ce patrimoine musical qu'il nous a légué, cette musique faite de clarté française et de néo-classicisme, fruit d'une intuition et d'une inspiration sans bornes.

Jacqueline Amellér, Président d'Honneur

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